Prise (nom féminin, subst. féminin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Faculté de prendre, de saisir. "Avoir . Trouver . Les lutteurs se frottaient d'huile, afin de donner moins de sur eux."
Il s'emploie aussi figurément. "La pitié n'a aucune sur ce peuple cruel."
Fig., "Avoir , trouver sur quelqu'un", Avoir sujet, trouver occasion de le critiquer. On dit dans le même sens : "Donner sur soi, donner à la critique," S'exposer à être repris, critiqué.
"Cette chose est hors de ," On ne peut la dérober ou On ne saurait y atteindre.
En termes de jeu d'Échecs, "Cette pièce est en , est hors de ", Une autre pièce peut la prendre ou ne peut pas la prendre.
"Lâcher ," Laisser aller ce qu'on tenait avec force. "Se débattre pour faire lâcher à quelqu'un."
Fig., "Lâcher ," Cesser une poursuite, une dispute; un combat, etc.; ou Rendre malgré soi ce qu'on a pris. "Ils ont disputé longtemps sans vouloir lâcher ."
En termes d'Automobile, "Prise directe," Disposition du mécanisme où l'arbre primaire transmet le mouvement à l'arbre secondaire sans l'intermédiaire d'engrenages.
PRISE se dit aussi de l'Action de prendre quelqu'un ou quelque chose. "La d'une place de guerre. Se trouver à la du cerf."
"Prise d'eau," Action de détourner d'une rivière, d'un étang, etc., une certaine quantité d'eau, soit pour faire tourner un moulin, soit pour quelque autre usage. Il se dit aussi de la Concession qui est faite pour détourner ainsi de l'eau, et quelquefois aussi de l'Eau même qui est détournée.
"Prise d'air," Action de percer une ouverture pour faire entrer l'air dans un endroit clos, dans un calorifère. dans une cheminée, etc.
"Prise de vapeur," Appareil servant à conduire la vapeur de la chaudière d'une machine dans le cylindre.
"Prise d'habit," Cérémonie au cours de laquelle un religieux, une religieuse prend l'habit religieux. On dit dans le même sens pour une religieuse : Prise de voile.
"Prise d'armes," Manoeuvre, revue, pour laquelle une troupe prend les armes. "Il y aura aujourd'hui une d'armes aux Invalides."
En termes de Médecine, "Prise de sang," Opération qui consiste à prendre une petite dose de sang à une personne, pour l'analyser.
En termes de Droit, "Prise de possession", Acte par lequel une personne prend possession d'une charge, d'un emploi, d'un héritage, d'une terre.
En termes de Jurisprudence, "Prise de corps," Action par laquelle on se saisit d'un homme, en vertu d'un acte du juge. "Un décret, une ordonnance de de corps. Il y a plusieurs décrets de de corps contre lui." Il se dit aussi de l'Arrêt ou de la sentence qui ordonne la de corps. "Il y a de corps contre lui. On a décerné une de corps contre lui."
En termes de Procédure, "Prise à partie", Recours qu'exercent les parties contre leurs juges, dans les cas prévus par la loi.
"Prise de bec," Lutte entre deux oiseaux. Il se dit aussi, figurément et familièrement, d'une Querelle de paroles. "Ces deux adversaires ont en une violente de bec".
PRISE désigne spécialement, en termes de Marine, l'Action de s'emparer d'un navire, et aussi le Navire capturé. "Amener une dans un port."
"Conseil des s," Conseil établi pour juger de la validité des s. On dit dans un sens analogue : "Code international des s."
"Navire de bonne ," Navire qui a été pris justement. "Ce bâtiment portait des armes aux ennemis, il a été déclaré de bonne ."
PRISE se dit aussi, dans le langage courant, de la Chose qui a été . "Une importante. Ils sont allés à la chasse et ils sont revenus avec une belle ."
En parlant de Médicaments et de drogues, il se dit de la Dose qu'on prend en une fois. "Deux s" de rhubarbe. "Une demi-prise." On dit aussi "Prise de tabac" et absolument "Prise," Pincée de tabac. "Prendre une ".
PRISE se dit encore de la Solidification de certaines matières comme le plâtre, le ciment, la chaux, etc. "Le degré de ".
PRISES, au pluriel, se dit de l'Action de combattre. On ne l'emploie guère en ce sens que dans les locutions suivantes :
"En venir aux s," Se prendre des mains, se saisir mutuellement, se jeter l'un sur l'autre. "Après avoir brisé leurs épées, ils en vinrent aux s."
"Être aux s", Combattre, se battre. "Les deux armées, les deux combattants sont aux prises." Il se dit aussi de Deux ou de plusieurs personnes qui disputent ou qui jouent les unes contre les autres. "Nos joueurs sont aux s, en sont aux s. Les deux avocats sont aux prises." On dit de même : "Je les ai mis aux s, je les ai laissés aux s."
Fig., "Être aux s avec la mort," Être en grand danger de mourir, être à l'agonie. Fig., "Être aux s avec la mauvaise fortune," Être dans le malheur, dans l'adversité.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Action de prendre, de s'emparer.
DU RYER: « On poursuit maintenant l'auteur de l'entreprise, Et nous serons tous deux satisfaits par sa »
ROTROU: « La des deux rois de Perse et de Médie De cette guerre enfin ferme la tragédie »
PELLISSON: « Dinan n'est pas de difficile ; mais il ne laisse pas d'être important »
PASC.: « C'est le tracas qui nous divertit ; raison pourquoi on aime mieux la chasse que la »
SÉV.: « Que dites-vous de la de Gand ? il y avait longtemps, mon cousin, qu'on y avait vu un roi de France »
SÉV.: « Moquez-vous des nouvelles de la place des Prêcheurs [place d'Aix] : l'enlèvement de la princesse d'Orange et la de son mari sont à faire rire »
PERRAULT: « Tant les veneurs ont tous en tête D'être à la de la bête »
    Lâcher , lâcher, abandonner ce qu'on tenait.
LA FONT.: « La mort fit lâcher au géant pourfendu »
VOLT.: « On voit dans l'Inde des millions d'hommes et de femmes.... qui font un bruit prodigieux avec des instruments de toute espèce pour faire lâcher au dragon [que l'on croit dévorer la lune pendant une éclipse] »
    Fig. Lâcher , cesser une poursuite, une dispute, un combat, etc.
LA FONT.: « Notre féal, vous lâchez trop tôt »
VOLT.: « Il y a des gens acharnés contre les préjugés ; on ne leur fera pas lâcher : chaque secte a ses fanatiques »
    Lâcher , signifie aussi rendre malgré soi ce qu'on a pris. Il s'était emparé du bien d'autrui ; mais on lui a fait lâcher .
    On dit de même : quitter .
MOL.: « Cette fièvre a bientôt quitté »

 2   Action de prendre un navire ; navire capturé. Amener une dans le port. Le code des s.
     Rapport de Jean Bart, 1696, dans JAL: Je fus obligé de faire brûler toutes mes s marchandes
     Ordre du roi, 1677, dans JAL: Le roi, voyant que, dans toutes les s qui ont été faites par les capitaines de ses vaisseaux pendant le cours de l'année dernière, il y a eu tant de malversations de leur part....
SAINT-SIMON: « Le hasard fit rencontrer à Caillières dans les rues un marchand hollandais venu à Paris pour des affaires de s et de négoce »
    De bonne , se dit des navires appartenant à l'ennemi ou chargés de contre-bande.
PELLISSON: « L'on dit que ce serait une question pour l'amirauté s'il [un vaisseau hollandais] était de bonne ou non »
     Duquesne à Seignelay, 1681, dans JAL: Vous savez, monseigneur, qu'il est dit dans le traité [avec Tunis] que les bâtiments français seront obligés d'avoir patente du roi ou de l'amiral de France, sans quoi ils seront de bonne
    Par extension, dans le langage général. Une chose de bonne , chose qui peut être ou qui est avec justice.
RÉGNIER: « ....Forçant un château, tout est de bonne »
    Fig. Il peut se dire d'heureux emprunts que fait un écrivain.
     Dict. de l'Acad.: Il a tiré cette scène d'un auteur oublié, cela était de bonne
    Part de , la somme d'argent qui revient à chaque marin d'un navire qui en a pris un autre, après la vente du navire et de la cargaison, et après le procès qui a décidé de la validité de la .
PELLISSON: « Le roi n'aura pas de part à cette , parce qu'elle a été faite par les Anglais seuls, et que notre traité avec eux porte qu'ils profiteront seuls de ce qu'ils prendront seuls »
    Conseil des s, commission extraordinaire établie autrefois en temps de guerre, pour juger les s de navires capturés sur l'ennemi.
PICARD: « Forlis, mon ami, mon avocat, qui, dans le temps, m'a fait gagner plus d'un procès au conseil des s »

 3   Se dit à l'hombre, du fonds que chaque joueur est obligé de faire ou d'avoir devant lui, avant de commencer le jeu.

 4   Facilité de prendre de saisir. Avoir, trouver . Il n'y a point de pour saisir ce ballot.
LA FONT.: « Le moins qu'on peut laisser de aux dents d'autrui, C'est le mieux.... »
BUFF.: « Sa queue [d'un singe] est toujours accrochée, et il ne reste que malgré lui dans une place où elle ne peut avoir de »
    Fig.
SÉV.: « Je ne vous dirai rien de fort secret des pays que vous savez [la cour] ; ce sont de certaines petites choses qui n'ont point de , et qui n'ont pas quasi la force d'être transportées »
BOSSUET: « Il [Dieu] veut qu'on anéantisse [en soi] tout ce qui n'est pas lui ; et, pour ce qui est de lui-même, il se cache cependant, et ne donne presque point de sur lui-même »
    Cette chose est en , elle est exposée à être .
    Cette chose est hors de , on ne peut la dérober, on ne saurait y toucher, y atteindre.
    Fig.
LA BRUY.: « Tel abandonne son père qui est connu, et dont on cite le greffe ou la boutique, pour se retrancher sur son aïeul, qui, mort depuis longtemps, est inconnu et hors de »
    Au jeu d'échecs, il se dit d'une pièce qu'une autre pièce peut prendre. Mettre une pièce en . Votre dame est en .
    Au billard, il se dit d'une bille exposée à être blousée.
    S'ôter de , se mettre à l'abri d'être pris.
CORN.: « En lieu de sûreté le babil est de mise ; Mais ici ne songeons qu'à nous ôter de »

 5   Fig. Capacité à saisir, à comprendre.
PASC.: « Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte ; et, si nous le suivons, il échappe à nos s, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle »
PASC.: « Voyons si elle [l'intelligence] a quelques forces et quelques s capables de saisir la vérité »
    Possibilité d'exercer une action intellectuelle ou morale.
RÉGNIER: « Ni les honneurs perdus, ni la richesse acquise N'auront sur leur esprit ni puissance ni »
MASS.: « Une épouse de Jésus-Christ, qui, en se dépouillant de tout, ôte à l'ennemi [le démon] toutes les s qu'il pouvait avoir sur elle »
J. J. ROUSS.: « Il est bien difficile que des faits, et même des raisonnements isolés tiennent longtemps dans la mémoire, quand on manque de pour les y ramener »
    Possibilité d'attaquer, de nuire.
PASC.: « Ainsi, mon père, j'échappe à toutes vos s »
    Avoir de la sur, modifier les sentiments.
SÉV.: « C'est cela sur quoi la résignation n'a pas assez de »
GENLIS: « La douleur n'a de sur moi que lorsqu'elle est absolument intolérable »
    Avoir , trouver sur quelqu'un, avoir sujet de le reprendre, etc.
CORN.: « Elle [Chimène] avoue que c'est la seule que la médisance aura sur elle »
MOL.: « ... S'il faut que sur vous on ait la moindre , Gare qu'aux carrefours on ne vous tympanise »
PASC.: « Afin d'ôter toute et tout moyen d'y répondre »
SÉV.: « Il n'y point de à cette accusation »
    Avoir sur quelqu'un, pouvoir l'arrêter, lui faire sentir de la peine ou du plaisir.
J. J. ROUSS.: « Mon coeur tenait encore à des attachements par lesquels mes ennemis avaient sur moi mille s »
    Donner sur soi, ou, simplement, donner , s'exposer à être repris.
MOL.: « Et que, si vous vouliez, tous vos déportements Pourraient moins donner aux mauvais jugements »
PASC.: « Jamais d'autres n'ont donné si belle que vous »
VOLT.: « Il [d'Alembert] est hardi, mais il n'est point téméraire ; il est né pour faire trembler les hypocrites, sans leur donner sur lui »
    Donner à la critique, s'exposer à être critiqué.
    Donner , permettre de saisir afin de profiter contre....
PASC.: « Les écrits de l'un ne donnent aucune aux desseins des autres »
BOSSUET: « Plus une chose est réunie en elle-même, plus elle approche de l'immutabilité ; l'unité ne donne point de sur elle, elle s'entretient également partout »

 6   Dispute, querelle.
ROTR.: « N'avez-vous pas eu avecque votre frère ? »
PELLISSON: « Vauban et du Metz ont eu aujourd'hui quelque ensemble devant le roi »
SAINT-SIMON: « Richelieu venait au secours de mon père sur des avis qu'on lui avait donnés, ou sur des s qu'il avait eues avec le roi »
    Familièrement. Prise de bec, querelle en paroles.
    En venir, en être aux s, se saisir, se combattre. Les deux armées, les deux combattants en sont aux s. Deux chiens qui sont aux s.
FÉN.: « Les voilà aux s, pieds contre pieds, mains contre mains »
    Par plaisanterie, en venir aux s, attaquer un bon diner.
MOL.: « Je brûle d'en venir aux s, Et jamais je n'eus tant de faim »
    Fig. Être aux s, en être aux s, se dit de personnes qui disputent les unes contre les autres.
MOL.: « Souvent nous en étions aux s ; Et vous ne croiriez point de combien de sottises.... »
DANCOURT: « Voilà le gendre et le beau-père aux s »
D'ALEMB.: « Il [Marmontel] répondra sûrement à Votre Majesté avec plus de satisfaction qu'il ne fera à la Sorbonne sur son Bélisaire ; le pauvre garçon est actuellement aux s avec elle »
    On dit de même : je les ai mis aux s, je les ai laissés aux s.
MARMONTEL: « Soit pour s'amuser, soit pour corriger deux misanthropes l'un par l'autre, M. de Laval voulut les mettre aux s ; il envoya prier Alceste à dîner »
    Être aux s, en être aux s, se dit aussi de personnes qui jouent les unes contre les autres. Nos joueurs en sont aux s, sont aux s.
    Fig. Être aux s avec soi-même, être dans un déchirement intérieur.
BOURDAL.: « Une âme réprouvée aux s, si j'ose me servir de cette expression, avec Dieu et avec elle-même »
J. J. ROUSS.: « Tout décèle ses secrètes agitations ; et, si je feins de m'y tromper, c'est pour le laisser aux s avec lui-même, et occuper ainsi une partie des forces de son âme à réprimer l'effet de l'autre »
    Fig. Être aux s avec la mort, être en grand danger de mourir, être a l'agonie.
BOSSUET: « Si je vous fais voir encore une fois Madame aux s avec la mort »
    Fig. Être aux s avec la mauvaise fortune, être dans l'adversité.
MARMONTEL: « Il faudra que je lutte contre l'adversité, il y a longtemps que je la connais et que je suis aux s avec elle »

 7   Terme de musique. Prise du sujet, l'instant où une partie s'empare du sujet de la fugue pour faire son entrée.

 8   Terme de vétérinaire. Prise de longe, voy. LONGE.

 9   Prise d'essai, morceau de monnaie pour essayer.

 10   Ancien terme de jurisprudence criminelle. Prise de corps, action d'arrêter un homme en vertu d'un acte du juge.
BALZ.: « Ne décernez point de de corps contre ce coupable qui a une armée pour se défendre de vos sergents »
VOLT.: « Voici bien d'autres nouvelles, dit-il : des huissiers déménagent la maison de Monsieur et de Madame ; tout est saisi par des créanciers ; on parle de de corps »
    La sentence elle-même qui ordonne la de corps.
DANGEAU: « J'appris que M. de Nevers avait eu une assignation pour être ouï, et que son capitaine des gardes et son intendant avaient eu des s de corps pour avoir maltraité, à Nevers, un huissier du parlement »

 11   Terme de procédure. Prise à partie, le recours qu'exercent les plaideurs contre leurs juges, dans les cas prévus par la loi. (La locution signifie : du juge comme partie, comme adversaire du plaideur.)

 12   Terme de droit. Prise de possession, acte solennel par lequel on se met en possession d'une charge, d'un emploi, d'une contrée.
RAYNAL: « La première découverte bien constatée fut une de possession légitime »

 13   Prise d'habit, cérémonie, dite aussi vêture, qui se pratique quand on entre dans un ordre religieux.
BOSSUET: « Je veux bien que vous veniez à cette d'habit »

 14   Prise d'eau, action de détourner d'une rivière, d'un étang, une certaine quantité d'eau pour un certain usage.
GIRARD: « À mesure qu'on peut alimenter un canal dans ses parties inférieures par de nouvelles s d'eau »
    Concession qui donne ce droit.
    L'eau elle-même qui est détournée.
    Prise d'air, action de percer une ouverture pour faire entrer l'air dans un endroit clos, et, particulièrement, dans un calorifère.
    Prise de vapeur, appareil servant à conduire la vapeur de la chaudière d'une machine dans le cylindre.

 15   Prise d'armes, action de prendre les armes, et de se réunir pour un service.
    Fig. Soulèvement, insurrection.
BOSSUET: « Il ne lui reste [à Jurieu], pour soutenir la d'armes de ses pères, ni autorité ni exemple »

 16   Dose d'un médicament pour prendre en une fois. Une dose de quinquina en poudre divisée en six s. Une demi-prise.
SÉV.: « J'ai pris hier de la poudre du bonhomme ....je crois que cette dernière achèvera de me guérir »

 17   Prise de tabac, pincée de tabac.
    Absolument. Prise de tabac. Donnez-moi une .

 18   Dans les fabriques de soieries, nombre de cordes réunies qui composent une partie de fleurs ou de feuilles du dessin.

 19   Action d'une substance qui se solidifie, qui se coagule.
FREMY: « La des ciments »
FREMY: « Des pouzzolanes à s lentes ou à s rapides »
    Faire , se dit d'une substance coagulable qui commence à se coaguler. Quand le collodion fait .
    On dit aussi en ce sens : de consistance.
BUFF.: « La de consistance des gueuses à la tête et à la queue »

 20   Prise, ensemble des bassins d'évaporation compris dans une même enceinte de digues, Enquête sur les sels, 1868, t. I, p. 511.

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
BRUN. LATINI: « Tout autressi est d'une [proposition] qui peut estre ferme et estable sanz nul confermement, en ceste maniere : se li hom veult estre sages, il se doit estudier en philosophie »
BEAUMANOIR: « Et de tout che dont il ne porront rendre bon conte, il doivent estre contraint à rendre sans delai, par le [la] de lor cors et de lor biens »
BEAUMANOIR: « Et si en torne aucune fois li blasmes sor le bailli, tout soit ce que tix s [telles s] n'entrent pas en se [sa] bourse »
    XIVème siècle
MACHAUT: « Je te veil [veux] prouver et conter Que ta [avoir été pris et emprisonné] est pour ton millour, Ton bien, ton pourfit et t'onnour »
DU CANGE: « Lidit religieux par leur gent ont la , la detencion, la cognoissance et le jugement en touz cas criminelz »
    XVème siècle
COMM.: « Autres vouloient sa prinse rondement sans cerymonie »
    XVIème siècle
MONT.: « Quand la nature est aux prinses avecques la maladie »
MONT.: « Vaine image qui n'a ny corps ny prinse »
MONT.: « Voyant deux grands hommes aux prinses de paroles contre Lapodius »
MONT.: « Le voylà aussi fier de sa prinse [un lièvre] comme.... »
LOYSEL: « Prise de corps ne se suranne point »
AMYOT: « Ne plus ne moins que fait le ruzé champion de lucte, qui cherche tout moyen d'avoir sur son adversaire pour luy donner le bond »
AMYOT: « Fabius entra dedans Rome en triumphe pour la seconde fois à cause de ceste [de Tarente] »
AMYOT: « Il devint viste à courir, roide à lucter, et si ferme à la , qu'il ne se trouvoit homme qui le peust forcer »
AMYOT: « Il en devint amoureux en un festin où il la veit, et la trouva belle à son gré et de bonne »
PARÉ: « De laquelle potion le malade prendra trois onces pour chaque au matin »
O. DE SERRES: « La premiere oeuvre sera la remarque du lieu de la prinse de l'eau, pour la faire le plus près que pourrés »
COTGRAVE: « C'est une bonne que d'un jeune loup »

ÉTYMOLOGIE
    Prov. presa, prisa, prea ; espagn. et ital. presa ; du lat. prensus, pris, de prehendere (voy. PRENDRE).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE PRISE. Ajoutez :

 21   Se dit des bois de flottage qui sont pris par les sinuosités du ruisseau, qui s'y arrêtent.
     Mém. de la Soc. centrale d'agric. 1873, p. 258: Il est indispensable d'échelonner, le long du courant, un grand nombre d'ouvriers qui, à l'aide de longs crocs, sont chargés d'éviter les s des bois et de les déprendre aussitôt qu'elles se forment, afin de ne pas entraver la marche des bûches


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Action de prendre, de s'emparer. "Faire une . Ce vaisseau a fait plusieurs s. La d'une place de guerre. Les soldats perdirent courage après la de leur colonel. Se trouver à la du cerf."
Il signifie aussi, La chose qui a été . "Une riche . Une importante. Amener sa dans un port. Il est entré tant de s dans le port de Brest. Conseil des s:" voyez CONSEIL.
Il signifie encore, Moyen, facilité de prendre, de saisir. "Avoir . Trouver . Les lutteurs se frottaient d'huile, afin de donner moins de sur eux. Ce vase est tout rond, il n'y a point de ."
Il s'emploie aussi figurément. "Le remords n'a aucune sur ce coeur endurci."
Fig., "Avoir , trouver sur quelqu'un," Avoir sujet, trouver occasion de le critiquer. On dit dans le même sens, "Donner sur soi, donner à la critique," S'exposer a être repris, critiqué.
"Cette chose est en ," Elle est exposée à être . "Elle est hors de ," On ne peut la dérober, ou On ne saurait y atteindre.
Au Jeu d'échecs, "Cette pièce est en , est hors de ," Une autre pièce peut la prendre ou ne peut pas la prendre. Au Jeu de billard, "Cette bille est en ," Il est aisé de la faire, de la blouser.
"Une chose de bonne ," Une chose qui peut être ou qui a été justement. Il se dit ordinairement Des bâtiments qui appartiennent à l'ennemi, ou qui sont chargés de marchandises de contrebande. "Ce navire est de bonne . Ce bâtiment portait des armes aux ennemis, il a été déclaré de bonne ." On le dit, quelquefois, Des heureux emprunts faits par un écrivain. "Il a tiré cette scène d'un auteur oublié, cela était de bonne ."
"Lâcher ," Laisser aller ce qu'on tenait avec force. "Deux inconnus le saisirent au collet, il leur fit lâcher ."
Fig., "Lâcher ," Cesser une poursuite, une dispute, un combat, etc.; ou Rendre malgré soi ce qu'on a pris. "Ils ont disputé longtemps sans vouloir lâcher . Certains solliciteurs ont peine à lâcher . Il s'était emparé du bien d'autrui, mais on lui a fait lâcher ."
"Prise d'eau," L'action de détourner d'une rivière, d'un étang, etc., une certaine quantité d'eau, soit pour faire tourner un moulin, soit pour quelque autre usage. Il se dit aussi de La concession qui est faite pour détourner ainsi de l'eau, et quelquefois aussi de L'eau même qui est détournée.
En termes de Guerre, "Prise d'armes," L'action de prendre les armes pour quelque service, de se mettre sous les armes. "Il y aura ce soir une d'armes."
"Prise d'armes," signifie quelquefois, L'action de sujets, de citoyens qui prennent les armes contre leur prince, contre leur gouvernement. "Il fut condamné pour d'armes."
"Prise d'habit," ou "Vêture," La cérémonie qui se pratique quand on donne l'habit de religieux ou de religieuse. "J'ai été à la d'habit d'un tel, d'une telle."
En termes de Droit, "Prise de possession," L'acte solennel par lequel une personne prend possession d'un bénéfice, d'un emploi, d'un héritage, etc. "La de possession de ce bénéfice fut faite par procureur. Être témoin à une de possession."
En termes d'ancienne Jurispr. crim., "Prise de corps," L'action par laquelle on saisit un homme au corps, en vertu d'un acte du juge. "Un décret, une ordonnance de de corps. Il y a plusieurs décrets de de corps contre lui." Il se dit aussi de L'arrêt ou de la sentence qui ordonne la de corps. "Il y a de corps contre lui. On a décerné une de corps contre lui."
En termes de Procéd., "Prise à partie," Le recours qu'exercent les parties contre leurs juges, dans les cas prévus par la loi.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, Querelle. "Ces deux hommes se sont brouillés, et ont eu ensemble, ont eu quelque , ont eu une violente."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en parlant De médicaments et de drogues, se dit de La dose qu'on prend en une fois. "Deux s de rhubarbe. Une de thériaque. Une demi-prise." On dit aussi, "Une de tabac," Une pincée de tabac. Dans ces deux sens, on dit, "Prendre une de"...



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. féminin 

["Prîze"; 1re lon. 2e "e" muet.] C'est, en général, action de prendre. En particulier, il signifie, 1°. Captûre, "ou" de ceux qui sont arrêtés par l'ordre de la Justice, "ou" de ceux qui sont pris prisoniers à la guerre, "ou" de tout ce qui s'y prend par la voie des armes. '"La d'un" voleur, "d' un" Général d'armée, "d'une" place, "d' un" fort, "d'une" redoute, "etc." = "Prise d'armes", est l'action de prendre les armes contre le Prince, ou l'État. 'Il ne lui reste (à Luther) pour justifier "cette d'armes", ni autorité, ni exemple. "Bossuet".
- 2°. L'endroit par où l'on prend certaines chôses. 'Ce vâse n'a point de "prise", point d'anse par où on puisse le prendre.
- 3°. Dôse qu'on prend en une seule fois. '"Une de" thériaque: deux "prises de" rhubarbe, une " de" café, "de" thé, "de" chocolat.
- Une "prise" (une pincée) "de" tabac.
- 4°. Querelle. Ils ont eu "prise", ou "une ", ou "quelque " ensemble.
- 5°. Il se combine avec d'aûtres noms, comme "action de prendre".
- "Prise d'habit", ou "vétûre", cérémonie où l'on done l'habit religieux.
- "Prise de possession", acte par lequel on prend possession d'un bénéfice, d'une charge, d'un héritage.
- "Prise de corps", action d' arrêter, de saisir au corps un homme par autorité de Justice.
- "Prise à partie", action de prendre à partie un Juge, et d'intenter action contre lui personellement.
- 6°. "Prise" entre dans quelques expressions composées.
- "Doner ", et "lâcher ", où "prise" s'emploie sans article. Le 1er régit la prép. "sur" des "persones", et la prép. "à" des "chôses". 'Vous "donez sur" vous: il "done à" la censûre. Il réunit quelquefois les deux régimes. Il "a doné sur" lui "à" tous ceux qui voudront l'ataquer.
- "Trouver " régit aussi la prép. "sur".
   Et "sur" l'âme la mort "ne trouve point de ".
       "L. Racine".
'Passages "sur" lesquels la critique avoit cru "trouver ". Anon.
- "Doner ", se dit sans régime, dans un sens figuré qui tient du propre (n°. 2°.) 'Il prononça un discours très-fleuri sur des vertus si déliées, qu'elles "ne donoient aucune ". Coyer.
- "Lâcher " (abandoner, céder) se dit sans régime, et s'emploie au "propre" et au "figuré". 'On lui a fait "lâcher ": 'Les dogues d'Angleterre ne "lâchent" jamais "prise". 'Ces deux Docteurs ont disputé long-tems; et comme c'est l'usage, aucun des deux n'a voulu "lâcher ". 'Il n'étoit pas homme à "lâcher" si aisément "prise". Mars.
- "Être" ou "mettre aux s"; "en être", "en venir aux s", se batre, se disputer, se quereller. Ils "en sont aux s". 'Ils "en vinrent aux s": on "mettoit aux s" ces deux hommes singuliers et si curieux à entendre ("Piron" et "Voltaire".) Ann. Litt. = "Être en ", se dit des chôses exposées à être s; "hors de ", de celles qu'on ne saurait prendre, ou auxquelles on ne peut ateindre.
- On dit aussi au jeu des échecs, qu'une pièce est "en ", et au jeu du billard, qu'une bille est "en ". = "De bone ", qu'on avait droit de prendre. 'Ces marchandises, ces vaisseaux ont été déclarés "de bone ".
   7°. "Prise", en termes de "Marine", vaisseau pris sur les énemis. 'Il est entré dans le port un grand nombre de "prises". '"Sa " a échoué, naufragé, a été reprise, "etc."




Emplacement dans le dictionnaire :

printanier
printemps
priori
priori
prioriste
prioritaire
priorité
pris
prisé

prise à partie
prise de possession
prisée
priser
prises
prismatique
prismatisation
prismé
prisme
prison
prison privée




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...la terre, cela finissait ainsi, et il n'y pouvait rien ! C'était donc vrai, ce qu'on lui avait dit, que cette habitude était terrible et mortelle, et qu'on était bien perdu quand une fois on l'avait prise. De rage contre lui-même, il tordit ses bras musculeux qui craquèrent ; il se souleva à demi, serrant ses dents, qu'on entendit crisser, et puis retomba, la tête sur les planches dures. Oh ! Sa...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...de cette espèce de grappe humaine suspendue. Cris d'hommes, cris rauques, plus sinistres que ceux des femmes, parce qu'on est moins habitué à les entendre ; cris d'horrible douleur : une main prise quelque part, des doigts accrochés, qui se dépouillaient de leur chair ou s'arrachaient ; -ou bien un malheureux, moins fort que les autres, que les autres, crispé de froid, qui sentait qu'il ne se...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...et à ceux des autres, recommencer sa vie de débauches avec d'autres femmes, naviguer au loin, puis vieillir seul, délaissé, épuisé par l'alcool ! ... oh ! à cette idée de le quitter, elle était prise d'une angoisse plus horrible que tout : elle sentait qu'elle était rivée à lui maintenant par un lien plus fort que toute raison, que toute volonté humaine. Elle l'aimait éperdument, sans avoir...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...qui n'ont pas changé de forme, mais qui sont, hélas ! éclaircies et toutes blanches aujourd'hui-n'étaient alors mêlées d'aucun fil d'argent. Elle sentait une odeur de soleil et d'été qu'elle avait prise dehors. Sa figure de ce matin-là, encadrée dans son chapeau à grand bavolet, est encore absolument présente à mes yeux. Avec ce bouquet de jacinthes roses, elle m'apportait aussi un petit pot à eau...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...je compris, à l'anxiété particulièrement grande de mon réveil, qu'il n'y avait plus à reculer ; le terme que je m'étais assigné à moi-même était venu. Ma décision, -elle était déjà plus d'à moitié prise au fond de moi-même ; pour la rendre effective, il ne me restait plus guère qu'à en faire l'aveu, et je me promis à moi-même que la journée ne passerait pas sans que cela fût accompli,...


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